868 jours;
868 jours que j’ai arrêté mon travail par décisions médicales;
868 jours que je combats des démons dont certains que je ne m’étais jamais imaginée devoir affronter un jour mais qui ont fait leur pernicieuse apparition depuis une date fatidique, celle du 16 octobre 2023;
868 jours que ma confiance en moi (déjà pas très élevée avant cela) s’est effondrée mais aussi surtout, à l’égard de mon activité professionnelle, où l’impression d’inutilité et de ne constituer qu’une pièce jetable, remplaçable, où la présence, la conscience professionnelle et tout le boulot abattu aux fil des années ne sont finalement plus que de vagues et très lointains souvenirs (si encore il devait y en avoir);
868 jours rythmés de rendez-vous médicaux, de consultations avec psychiatres, psychologues, médecins (médecins-traitants et médecine du travail) afin de comprendre, ou à tout le moins essayer, mes troubles cognitifs;
868 jours de recherches d’un traitement médicamenteux adéquat (car non, je ne peux le faire sans être aidée de la sorte) où les comprimés s’associent aux gélules, aux gouttes, me plongeant souvent dans un brouillard;
868 jours où larmes, remises en question, idées noires, cauchemars, insomnies, crises de panique, agoraphobies sociales, crises d’angoisse se conjuguent, même parfois au fil d’une seule et même journée, ne me laissant pas ou très peu de repos;
868 jours où je dois tenter de faire bonne figure, hors de chez moi, en « communauté », où je dois cacher mes sentiments, ma violence intérieure, ma paranoïa, mes peurs paniques, mes impatiences, mes fatigues tant physiques que mentales;
868 jours où une des premières questions des gens rencontrés est celle de savoir la date de mon retour au boulot avant celle éventuelle du comment je vais, comment je me porte à ce jour (heureusement, pas tous, et ceux-là, je les remercie du fond du cœur pour tout leur soutien);
868 jours où la culpabilité apparaît pesamment, perfidement et ce, quotidiennement, une incompréhension, une imperceptibilité totale par les gens qui m’entourent (heureusement encore, pas tous, à quelques exceptions près);
868 jours où l’impression inextirpable d’avoir été marquée au fer rouge sur mon front que je suis dorénavant c-o-u-p-a-b-l-e, coupable professionnellement d’avoir laissé le 16 se produire, coupable également d’être une profiteuse, une faignasse afin de profiter du système mais aussi une faiblarde vu que je ne sais pas poursuivre mon chemin, que je ne sais pas oublier cette date, que je devrais tout simplement passer à autre chose, tourner définitivement cette page;
Car oui, 868 jours que je suis malade;
Car oui, je suis souffre de maladies mentales suite à un grave trouble du syndrome de stress post-traumatique et ce, même si ce n’est pas visible sur mon visage;
Car oui, je suis malade et ce n’est pas dû à de quelconques élucubrations, excentricités, ou autres choses que j’aurais créées de toutes pièces;
Car oui, je suis malade et j’en souffre encore quotidiennement et ce, malgré le temps qui passe;
Car oui, les maladies psychologiques sont aussi de vraies maladies et non de quelconques caprices;
Et oui, elles sont graves, invalidantes, persistantes, dans un long trajet thérapeutique cerné de sournoises embuches;
Et non, les patients qui en souffrent ne sont pas tous des fous qu’il faudrait enfermer, des profiteurs du système social, des affabulateurs, des menteurs, des faibles d’esprit et j’en passe;
Et oui, cela peut engendrer des maladies et douleurs physiques, qui viennent alors coexister (sinon, ça serait trop facile);
Malgré ma véritable et tenace passion de la Littérature, qui constituait une bulle d’oxygène, je me suis écroulée physiquement, psychologiquement. Là où avant je dévorais insatiablement les livres et partageais mes ressentis au travers des chroniques sur mon blog, les lectures se sont peu à peu espacées;
Les mots se mélangeaient, les phrases disparaissaient de ma mémoire et une asthénie puissante me faisait lâcher ma lecture après seulement quelques pages. Dorénavant, j’aimerais retrouver un peu mon souffle et me sortir la tête de ce marasme en y reprenant goût;
Tout cela n’a pas été écrit dans le but de susciter, auprès des gens que je côtoie ou qui me connaissent, une éventuelle pitié, de faire pleurer dans les chaumières comme on dit souvent. Mais, c’est pour mettre des mots sur mes attitudes, sentiments, comportements, où j’utilise communément le jeu de l’autruche (je souhaite m’en excuser après de ceux s’inquiétant pour moi. Tout simplement merci pour votre soutien);
Aujourd’hui encore, le monde extérieur m’effraie et je garde continuellement le besoin de fuir la société ainsi que le courant effréné qu’est la vie. Après un fort et long travail sur moi, à chaque fois, je peux parfois oser franchir la porte de ma maison, mais pas seule si possible et pas vers tout horizon;
Mais c’est aussi pour simplement faire comprendre mon itinéraire, où j’en suis depuis ces 868 jours.


